Dossier publié le 10 mars 2015
Les débats liés à la mort du "classique", et à son avenir ces dernières années ont apporté, notamment, deux pistes de réflexion. L'une concernant le répertoire, l'autre concernant l'éducation. C'est à la première que je m'intéresse ici, et qu'en tant que béophile, tente d'y apporter une pierre. Ou un gravier, au moins.
A l'heure où les formations orchestrales en occident sont malmenées voire menacées par les crises et les différentes politiques culturelles, le succès et la popularité d’événements liés aux bandes originales, comme la tournée du Seigneur des Anneaux ou le concert des jeux vidéo au Royal Albert Hall, attirent l’attention, à la vue de leur sold-out et de l'inhabituel public qu'ils ont déplacé. Les orchestres traditionnels qui consacrent toujours ponctuellement une part de leur temps à la musique populaire, le font sans la joie et l'entrain de certaines sphères culturelles, inquiètes (et c'est en un sens leur rôle) d'une perte de prestige, percevant cet usage comme une régression.
avec John Williams, Danny Elfman, John Barry, James Horner, Philip Glass, Max Richter et Gustavo Dudamel
III. Médias sans frontières
avec Michael Giacchino, Bear McCreary, Olivier Derivière et Christopher Tin, Hans Zimmer et Joe Hisaishi
IV. Un nouvel espoir
avec Michael Giacchino, Bear McCreary, Olivier Derivière et Christopher Tin, Hans Zimmer et Joe Hisaishi
IV. Un nouvel espoir
I. Un peu d'histoire
L'histoire de la musique classique et de la musique de film n'est pas l'objet de ce billet, qui tente de s'adresser tant aux novices qu'aux amateurs, mais il en faut un minimum pour contextualiser ce qui va suivre.
Au commencement...
La musique occidentale savante s'est toujours nourrie de la musique populaire, dès les traditions profanes médiévales. Le concept de "musique classique" étant lui-même relativement récent, né au milieu du XIXème siècle par la volonté de compositeurs et académiciens romantiques de classifier et intellectualiser leur art, à l'image de Liszt et son musée musical, ou le développement de la notion de capital esthétique (le répertoire, sacralisé par la création (première) de l'œuvre et la différenciation compositeur / interprète).
Cette volonté de mémoire et de perfectionnement trouva parfaitement écho dans les écoles nationales de la fin de siècle, mais le folklore (de Brahms et Dvořák à Sibelius ou Albéniz), la mémoire profonde (par exemple l'utilisation de la musique militaire et judaïque chez Mahler, mêlant origine et souvenirs d'enfance), les influences populaires en général (le jazz chez Ravel et évidemment Gershwin), et enfin les apports des ethnomusicologues comme Bartók ou Kodály, ne cessèrent pas pour autant d'irriguer cette musique "supérieure" d'influences extérieures omniprésentes.
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| Dieu. |
Après les églises et les théâtres, la musique se met au service du cinéma.
Au début du XXème siècle, la naissance du cinéma créa un nouveau besoin, de la même ampleur que l'opéra ou la musique liturgique quelques siècles auparavant, et l'arrivée de l'enregistrement permit d'atteindre une conservation et une diffusion durable et donc, une recherche d'excellence.
Alors que le classique explorait les frontières de la tonalité - et au-delà -, la musique hollywoodienne se démarqua quelque peu de l'avant-garde, cherchant plutôt une cohérence mélodique et thématique forte, souvent nécessaire à l'écran (mais pas toujours), et pourvue d'une influence plus importante du jazz et de la musique patriotique américaine (comme John Philip Sousa). Mais ce qui peut être vu par certains comme un manque d'audace ou d’innovation n'enlève rien au talent de ces compositeurs ou à la qualité de leurs œuvres, et encore moins à leur filiation légitime.
De formation classique et héritiers du post-romantisme européen, les compositeurs du Golden Age issus d'horizons très divers comptent dans leur rang Dimitri Tiomkin (apportant de Saint Pétersbourg ce qu'il a appris d'Alexandre Glazounov), Max Steiner (élève de Brahms et Mahler), Alfred Newman ou Franz Waxman. Quant à Bernard Herrmann, ami de Charles Ives et Edward Elgar, influencé tant par Berlioz que Ravel ou Debussy, il illustre parfaitement cette génération, qui comptait aussi sur des noms plus éloignés de l'écran - mais pas pour autant absents - comme Leonard Bernstein ou Aaron Copland, incarnant cette précieuse polyvalence et cette multiplicité culturelle.
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| Bernard Herrmann, Franz Waxman et Dimitri Tiomkin |
Au silver age, leurs enfants spirituels, tels qu'Elmer Bernstein (le protégé d'Aaron Copland), Jerry Goldsmith ou Leonard Rosenman, portèrent un flambeau pérenne dans ses procédés, achevèrent d'en affirmer les codes, même si le péril des modes pouvait faire craindre une fin de règne.
En Europe de l'Ouest, le genre prospèra tout autant, notamment en Italie, marqué par la popularité d'Ennio Morricone et Nino Rota (qui s'est illustré aussi sur la scène "classique" avec ses 11 opéras, 9 concertos et 4 symphonies).
Dans le bloc d'en face, l'Union soviétique a ses propres géants, tout aussi polyvalents, comme Dmitri Chostakovitch, qui a également écrit plus d'une trentaine de bandes originales dont La Chute de Berlin et La Nouvelle Babylone, ou Sergueï Prokofiev, avec Ivan le terrible et Alexandre Nevski (extrait ci-dessous). L'impact phénoménal sur le paysage musical contemporain de ces deux noms se retrouve évidemment sur les compositeurs de musique de film, qu'ils ont autant influencés que leurs homologues de l'âge d'or hollywoodien.

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