avec John Williams, Danny Elfman, John Barry, James Horner, Philip Glass, Max Richter et Gustavo Dudamel.
Élève de Mario Castelnuovo-Tedesco, autant bercé par le classique que le jazz (il en joua), il est inutile de revenir sur sa démentielle carrière pour le cinéma, tant elle est ancrée dans la culture populaire, et fréquemment intégrée aux programmes d'orchestres du monde entier, de la Liste de Schindler à Jurassic Park, de Star Wars à Indiana Jones, de Superman à Harry Potter.
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| Celui-qui-allait-devenir-le-plus-grand -compositeur-américain-du-siècle |
Mais il est aussi un excellent chef d'orchestre, archétype même de ce que la démocratisation intelligente peut être : directeur de 1980 à 1995 du Boston Pops Orchestra, il enregistra des dizaines d’œuvres, dans le but de perpétuer la tradition de son ensemble fondé en 1885 "d'apporter la musique classique à une audience plus large". En y soignant tant l'image de Broadway que de son goût pour la musique militaire...

...et il ne se priva pas de jouer des compositeurs moins connus, comme Reinhold Glière (en extrait, Sailor's Dance).
Cet exemple de Glière n'est pas un hasard. Dans les Cosaques Zaporogues, un des motifs du compositeur russe (extrait 1, pendant les 10 premières secondes, le reste est là pour le plaisir) semble avoir eu une influence, sur une des pièces Williams les plus populaires (extrait 2) - pas obligatoirement consciente.
Là est bien une des grandes forces de Williams : son esprit de synthèse, pour la création d'une identité musicale forte qui aura marqué et modifié durablement le cours de l'histoire de la musique. A la source du revival de l'âge d'or hollywoodien, il a su non seulement se montrer l'héritier le plus fascinant de ses pairs américains, de Herrmann à Newman, mais il a su flirter régulièrement avec l'atonalité, et se servir de nombreuses références européennes, tels que Chostakovitch, Sibelius, Stravinsky, Prokofiev ou Saint-Saëns, tout en s'entourant d'instrumentistes d'exception (tels qu'Itzhak Perlman, Yo-Yo Ma ou Isaac Stern).
La popularité de son répertoire et son aura de chef d'orchestre - il est invité à diriger tant le London Symphony Orchestra que le New York Philharmonic - en sont presque venus à occulter ses œuvres concertantes (pour flûte, violon, hautbois...), ses poèmes symphoniques et suites, ses pièces lyriques et ses opus composés pour des occasions spécifiques (dont un quatuor), des jeux olympiques à l'investiture de Barack Obama.

Un dernier extrait, sa Devil's Dance, interprétée par Gil Shaham et Jonathan Feldman au piano, dans cette compilation éponyme éditée par Deutsche Grammophon.
Les compositeurs "de musique de film" se sont depuis les origines illustrés en dehors de l'écran - que ce soit dans des adaptations de leurs œuvres pour le concert qu'avec des compositions originales, et l'ont fait le plus souvent dans une indifférence générale... Les exemples ne manquent pas, en voici 2 pour la route : Danny Elfman et sa brillante Serenada Schizophrana (extrait),
et feu John Barry, avec son poème symphonique "The Beyondness of Things" et sa suite "Eternal Echoes" (extrait).
Le cas de James Horner est utile à cet article à plusieurs titres. D'une part car il composa il y a quelques mois un double concerto pour violon et violoncelle (vidéo ci-dessous), dont la création fut exécutée par le Liverpool Philharmonic, et qui est édité depuis peu par Mercury Classics...
Mais ce faisant, il contribue à former inconsciemment l'oreille d'un auditoire pas spécialement mélomane (exemple de Willow sur un thème de Schumann), en sus évidemment d'apporter beaucoup avec sa propre personnalité, élaborant sa carrière comme un perfectionnement continu de ce qu'il assimile et crée, avec un talent fou... procédé qui passe bien souvent pour de l'auto-plagiat. Exemple de "l'évolution" d'un thème de Balto (1995) à Stalingrad (2001) puis Or Noir (2011) :
Puis un autre avec un thème de Titanic (1997) repris dans Stalingrad (2001) :
Il en va de même pour son utilisation du "danger motif" de 4 notes (B/C/C#/C) présent dans nombre de ses partitions... et de celles de compositeurs depuis Wagner. Ces pratiques permettent non seulement de faire facilement un pont entre Horner et ses inspirations, mais aussi d'identifier ses habitudes, rappelant les pastiches des périodes baroques et classiques, tout comme l'usage d'un motif tel que BACH le faisait avec les lettres qui composent son nom ou Chostakovitch avec les 4 notes issues du sien (DSCH).
Philip Glass, le pilier de la musique répétitive, l'étudiant de Nadia Boulanger, l'initié au dodécaphonisme, fit couler tant d'encre depuis les années 70 que je ne vais pas m'étendre sur ses 10 symphonies, ses opéras (il en est le compositeur vivant le plus joué au monde), et son vaste répertoire de musique instrumentale et concertante. Juste rappeler à l'honorable assemblée qu'entre ses liens (avec David Bowie et Brian Eno), sa réceptivité à la musique du monde (indienne), et le fait que tout un pan de son fonds de commerce soit de la musique de film - une cinquantaine d’œuvres -, il est un compositeur au parcours d'un hétéroclisme unique, qui a su être populaire autant qu'il a pu acquérir la reconnaissance de ses contemporains, et exercer une influence qui ira bien au-delà des acteurs du minimalisme. Minimalisme, terme dont la paternité revient d'ailleurs à Michael Nyman, musicologue et... compositeur de bandes originales (La leçon de piano, Bienvenue à Gattaca...).

Un exemple frappant de succès classique européen récent, l'allemand post-minimaliste Max Richter, étudiant de Luciano Berio, influencé tant par Arvo Pärt que Iannis Xenakis. Deutsche Grammophon en a fait un élément majeur de sa communication, avec les différentes sorties de sa réécriture des 4 saisons, dans la série recomposed.
Il est devenu la figure de proue d'une musique contemporaine à la fois fidèle à son legs intellectuel, avisée dans son utilisation de l'électronique, et équilibrée au niveau de son rayonnement dans les différentes disciplines (aussi bien en solo qu'en concert ou au cinéma, qui domine son répertoire). Cette polyvalence et cette maîtrise de l'image en fait un bien bel exemple d'évolution positive (en extrait, Last Days).
Un dernier nom pour clore cette partie : Gustavo Dudamel. Chef incontournable et figure emblématique d'El Sistema dont il est issu (pédagogie en plein essor au niveau mondial, et souvent perçue comme un espoir autant social que culturel au bénéfice de la jeunesse), il a composé sa première bande-originale en 2014, Libertador (extrait) et reçu auprès des béophiles un accueil plus qu'enthousiaste.
