Partie II, suite


James Horner

Le cas de James Horner est utile à cet article à plusieurs titres. D'une part car il composa il y a quelques mois un double concerto pour violon et violoncelle (vidéo ci-dessous), dont la création fut exécutée par le Liverpool Philharmonic, et qui est édité depuis peu par Mercury Classics...


D'autre part car le compositeur néo-romantique, adulé pour l'émotion et la poésie qui se dégagent de ses scores, et la qualité de la construction de ses thèmes et de sa narration, est souvent - mais gentiment - brocardé pour ses "plagiats". Sergueï Rachmaninov, Aram Khatchatourian et Richard Strauss sont des sources fréquemment utilisées par le compositeur, en plus de celles de ses contemporains (Goldsmith, Glass), de l'influence légère à la réutilisation thématique plus visible.

Mais ce faisant, il contribue à former inconsciemment l'oreille d'un auditoire pas spécialement mélomane (exemple de Willow sur un thème de Schumann), en sus évidemment d'apporter beaucoup avec sa propre personnalité, élaborant sa carrière comme un perfectionnement continu de ce qu'il assimile et crée, avec un talent fou... procédé qui passe bien souvent pour de l'auto-plagiat. Exemple de l'évolution d'un thème de Balto (1995) à Stalingrad (2001).



Il en va de même pour son utilisation du "danger motif" de 4 notes (B/C/C#/C) présent dans nombre de ses partitions... et de celles de compositeurs depuis Wagner. Ces pratiques permettent non seulement de faire facilement un pont entre Horner et ses inspirations, mais aussi d'identifier ses habitudes, rappelant les pastiches des périodes baroques et classiques, tout comme l'usage d'un motif tel que BACH le faisait avec les lettres qui composent son nom ou Chostakovitch avec les 4 notes issues du sien (DSCH).


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Et la communication entre la musique savante et la musique de film fonctionne évidemment dans les deux sens.


Philip Glass, le pilier de la musique répétitive, l'étudiant de Nadia Boulanger, l'initié au dodécaphonisme, fit couler tant d'encre depuis les années 70 que je ne vais pas m'étendre sur ses 9 symphonies, ses opéras (il en est le compositeur vivant le plus joué au monde), et son vaste répertoire de musique instrumentale et concertante. Juste rappeler à l'honorable assemblée qu'entre ses liens (avec David Bowie et Brian Eno), sa réceptivité à la musique du monde (indienne), et le fait que tout un pan de son fonds de commerce soit de la musique de film - une cinquantaine d’œuvres -, il est un compositeur au parcours d'un hétéroclisme unique, qui a su être populaire autant qu'il a pu acquérir la reconnaissance de ses contemporains, et exercer une influence qui ira bien au-delà des acteurs du minimalisme. Minimalisme, terme dont la paternité revient d'ailleurs à Michael Nyman, musicologue et... compositeur de bandes originales (La leçon de piano, Bienvenue à Gattaca...).


Un exemple frappant de succès classique européen récent, l'allemand post-minimaliste Max Richter, étudiant de Luciano Berio, influencé tant par Arvo Pärt que Iannis Xenakis. Deutsche Grammophon en a fait un élément majeur de sa communication, avec les différentes sorties de sa réécriture des 4 saisons, dans la série recomposed.


Il est devenu la figure de proue d'une musique contemporaine à la fois fidèle à son legs intellectuel, avisée dans son utilisation de l'électronique, et équilibrée au niveau de son rayonnement dans les différentes disciplines (aussi bien en solo qu'en concert ou au cinéma, qui domine son répertoire). Cette polyvalence et cette maîtrise de l'image en fait un bien bel exemple d'évolution positive.


Un dernier nom pour clore cette partie : Gustavo Dudamel. Chef incontournable et figure emblématique d'El Sistema dont il est issu (pédagogie en plein essor au niveau mondial, et souvent perçue comme un espoir autant social que culturel au bénéfice de la jeunesse), il a composé sa première bande-originale en 2014, et reçu auprès des béophiles un accueil plus qu'enthousiaste.