Partie III, suite


Hans Zimmer

 
Certainement un des plus influents compositeurs du siècle, Hans Zimmer aura vu son style tellement repris, copié et banalisé jusqu'à l’excès, qu'il en a macrophagé toute une partie de la création musicale actuelle. Des critiques se permettent aussi de souligner son côté manager et chef d'entreprise, avec Media Ventures puis Remote Control, et sa domination sur son "écurie", alors qu'il a contribué à faire émerger et prospérer les immenses talents issus de celle-ci (John Powell, Harry Gregson-Williams, Klaus Badelt, Lorne Balfe, Steve Jablonsky...), sans en écraser leur personnalité musicale - mais plutôt en les stimulant.


Cette omniprésence et son image commerciale, et le fait qu'il assume la transversalité des genres populaires, s'ajoutent à diverses raisons qui arguent pour une faiblesse de sa légitimité classique : parce qu'il est autodidacte, et qu'il vient d'un univers plus éloigné. Parce que 2 semaines de leçons de piano furent sa seule formation formelle. Parce que son style pompier, son génie mélodique (bien meilleur qu'orchestrateur) et sa recherche déclarée de "simplification" permettent la caricature facile. Parce qu'il lutte depuis 30 ans pour "combler le fossé entre musique classique et électronique". Parce qu'il considère que le mot "jouer", dans tous les sens du terme, est "l'ingrédient magique de la musique" - cette philosophie ludique ne plaide pas en faveur de son intellectualisation...

Pourtant, le compositeur allemand, qui cite Bach, Beethoven et Brahms comme ses admirations majeures, a tant œuvré pour démocratiser la musique symphonique et la culture classique, et lutté pour "garder vivante la musique orchestrale" comme il le dit... Et c'est justement sa popularité auprès des plus jeunes et sa présence enthousiaste dans l'industrie des jeux vidéo ("ils sont les films du futur") qui en fait sa force, permettant une diffusion large, et suscite un optimisme pour la génération qui évolue dans son sillage et son inspiration.

Après plus de 30 ans de carrière, et grâce à la liberté de travail qu'il a acquise notamment sur certaines collaborations (avec Christopher Nolan, par exemple), il n'a cessé de se renouveler, d'expérimenter, de conceptualiser... A l'image d'Interstellar, une des pépites de 2014, où l'orgue Harrison & Harrison de 1926 de l'église du Temple de Londres, joué par Roger Sayer (le directeur musical de l'église), devient l'élément principal de la partition et la signature sonore du film, adjoint de 34 instruments à cordes, 24 bois, et 4 pianos. Ici, 2 extraits (Stay et Mountains).



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Dans le monde

La musique classique n'a pas seulement réussi son évolution et sa mutation au travers des différents médias, elle a su s'adapter à la mondialisation fulgurante du siècle passé, sans pour autant bêtement s'uniformiser. De l’Amérique latine à l'Asie, son exportation, toujours par le biais de la formation au système occidental (voir ce qu'a pu accomplir à son contact Tan Dun, par exemple), a permis d'apporter un nouveau public, qui se compte potentiellement en milliards, mais aussi une nouvelle richesse en y incorporant les spécificités et traditions locales.

Un exemple évident, Joe Hisaishi, qui agrégea à la culture nippone les courants classiques occidentaux, du romantisme à la musique expérimentale et au minimalisme (et c'est bien souvent le cas des autres compositeurs de sa génération tels que Kenji Kawai, Masamichi Amano, Ryuichi Sakamoto, ou Kow Otani), et des influences populaires majeures (dont le jazz).

Et son œuvre pour Hayao Miyazaki ou Takeshi Kitano, si elle est la partie la plus visible et la plus acclamée de sa carrière, ne doit pas faire oublier son implication de chef d'orchestre et pianiste, notamment avec "sa" formation issue du New Japan Philharmonic, et ses différents ensembles de chambre, ni le développement de son écriture hors de l'écran (Études, Encore, Piano stories...). En illustration, le monumental concert au Budokan, et une pièce pour piano et 9 violoncelles.